Sénior : La génération majuscule, un « peu plus grande »

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TRIBUNE

Sénior : La génération majuscule, un « peu plus grande »

par Murièle Roos, fondatrice et éditrice du Magazine Femme Majuscule et Thierry Delcourt, psychiatre et auteur

 

La semaine dernière il a été beaucoup question de « séniors » (Salon des séniors, ndlr).

Sous ce vocable se cache une réalité complexe qui en dit long sur notre société, qui vit dans le déni du vieillissement et, plus généralement, de la mort. Aujourd’hui, il faut en effet être jeune et lisse, actif et séducteur/séductrice. (Un constat qui vaut d’ailleurs majoritairement pour les femmes).

Loin de représenter la richesse d’une population très diverse, l’appellation « sénior » catégorise une « tranche d’âge » indéfinie qui enferme dans des stéréotypes bien ancrés plutôt que de déployer sa vraie identité plurielle. En témoignent les expressions consacrées, telles que la « ménagère de plus de 50 ans » ou les « quinqu’ados ».

Or, ces « personnes de 50 ans et + », selon la définition du dictionnaire, ont bien des rôles à assumer, notamment celui de la transmission. Plus âgées, certes, mais aussi plus expérimentées, elles ont la responsabilité de guider les plus jeunes. Une mission qu’elles ont envie d’assumer, sans s’esquiver, en portant sur la vie un regard lucide.

Un constat que vient de confirmer la troisième édition du Baromètre 55+ Cogedim Club® – TNS Sofres, évoquant des séniors de 55 ans et plus qui sont bien dans leur vie et ne se retrouvent pas dans « l’image d’antan de la vieillesse, âge de repli sur soi, de solitude et d’isolement progressifs ».

SÉNIOR, VOUS AVEZ DIT SÉNIOR ?  MAIS QUI EST-IL ?

Selon le même sondage, seuls 32 % des 55-60 ans se sentent séniors ! Car quel est-il ce sénior, bien difficile à nommer ? Est-il ce « vieux » ou ce « quinqu’ado » – pseudo-ado attardé qui préfère rester dans l’illusion de la jeunesse – à qui s’adressent les marketeurs, influenceurs ou prescripteurs en prenant bien soin de l’enfermer dans des cases étroites, évoluant au gré des modes, entretenant ainsi des stéréotypes qui imposent un modèle unique à des fins commerciales ? En gommant la réalité, ils obligent à ce que les psychiatres appellent des « formations réactionnelles » : des pis-aller pour tenter d’exister malgré tout (jeunisme, hyperactivisme, retrait social…).

Entre les quinqu’ados, adeptes des soirées pyjama, de la pole dance et des rencontres kleenex, et les seniors, bien mal nommées, qui ne sont pas celles que l’on voudrait qu’elles soient, il y a un monde à redéfinir, une identité à retrouver.

LE DÉNI, SOURCE DE BIEN DES MAUX ET DE SOUFFRANCES

Quand on ne nomme pas et que l’on occulte la réalité, on entre dans le déni. En refusant de les voir, on ne peut accueillir les paroles d’hommes et surtout de femmes, ni élaborer les problématiques réelles qui sont les leurs. Les catégories réductrices et déshumanisantes empêchent l’identité de se déployer dans sa diversité, et la voix de se faire entendre pour dire autre chose.

Cet enfermement est à l’origine d’une grande souffrance, morale et mentale : dépression, angoisse, idées suicidaires, ou fuite dans l’alcoolisme sont des réalités qu’il faut bien entendre. Il n’est que de constater le taux de tentatives de suicide et de suicides réussis, plus importants chez les femmes de plus de 54 ans, et très importants après 70 ans.

On peut parler d’un tunnel vers la maladie et la mort pour certaines femmes, et d’un tunnel d’invisibilité pour les autres, qui ne sont pas rendues « visibles », ne sont pas créditées de leurs valeurs d’expérience, de savoir et d’humanité.

LIBÉRER ET RASSEMBLER PLUTÔT QUE PATHOLOGISER

Comme souvent, ce sont les femmes qui paient le tribu le plus lourd dans cette affaire, tant être jeunes et fécondes est encore pour elles la seule/principale façon d’espérer avoir un rôle visible aux yeux d’encore trop d’acteurs de notre société. Pourtant, si on prend le temps d’écouter les femmes qui entrent dans leur maturité majuscule (ni sénior, ni quinqu’ado mais toujours femme), on entend leur richesse, leur diversité, leur identité plurielle, mais aussi cette souffrance plus ou moins invalidante, et souvent formulée avec trop de pudeur, là où il faudrait essaimer une révolution des mentalités.

On peut soigner la souffrance, certes, mais on doit surtout agir pour prévenir, car il s’agit d’abord un problème sociopolitique. Il ne faudrait pas « pathologiser » et soigner là où il s’agit de libérer par la parole et de se rassembler.

Nos élites, majoritairement dans ces tranches d’âge (des hommes !), ont le pouvoir de changer les choses en assumant leur rôle « d’adultes majuscules », sauf si elles se complaisent dans cette course effrénée à la glorification de la jeunesse plutôt que d’agir pour elle !

Il est donc temps de dire stop aux dénis qui nous empêchent de voir le monde tel qu’il est ; et surtout qui nous éloignent de ce qui doit être notre mission : réfléchir et agir pour transmettre aux jeunes générations un monde meilleur. Un rôle qui nous incombe d’autant plus que nous nous situons dans cette période de vie d’ « adulte majuscule », en plein accord avec notre maturité.


 

Muriele ROOS a imaginé et créé le magazine FEMME MAJUSCULE – Le magazine des femmes « plus grandes »… Lancé en 2011, elle en est la directrice de la publication.

« J’ai créé Femme Majuscule car à l’aube de la cinquantaine, comme beaucoup de mes contemporaines, je ne me reconnaissais pas dans le panorama de la presse féminine proposé. Loin de nous l’idée de ressembler à des midinettes ou d’être les rivales de nos filles, et tout aussi loin de nous l’idée d’être des séniors asexuées comme le suggère parfois ce mot… Nous sommes juste des femmes conscientes de notre expérience et toujours désireuses de comprendre, de découvrir, de partager, d’être belles et bien dans notre époque.

Ce magazine est fait pour nous et par des femmes comme nous. À travers la diversité des sujets qui couvrent la mode, la beauté, les questions de société, la psychologie, la santé, l’art de vivre, Femme Majuscule ouvre le dialogue et nous donne des informations pour nous accompagner dans nos choix, nos questions mais aussi nos bonheurs.

J’ai voulu faire le magazine de cette nouvelle génération de femmes qui abordent la cinquantaine pleines d’allant, fortes et fières de leur expérience, mais aussi avec humour et avec une réelle envie d’inventer une nouvelle étape de la féminité.

Rappelons qu’en France, une femme majeure sur deux a plus de 50 ans !

Thierry Delcourt est psychiatre, pédopsychiatre, psychothérapeute et psychanalyste. Il est aussi rédacteur en chef de la revue Psychiatries et du Bulletin d’information des psychiatres privés. Il est auteur d’ouvrages sur la créativité et la souffrance psychique.


Pour aller plus loin

  • Le podcast de l’émission RTL Les auditeurs ont la parole du 08 Avril 2016 : «Quinquado, sénior, de quoi parle-t-on ?» à partir de la minute 17:49 vous pourrez écouter Murièle Roos invitée de Laurent Parizot et Christelle Rebière
  • Le Forum de Femme Majuscule pour partager entre femmes majuscules vos points de vue : Quinqua… comment ?

3 Commentaires
  1. Photo du profil de ange13
    ange13 2 années Il y a

    Article très intérressant il manque un mot pour qualifier notre génération, je ne me sens absolument pas quinqu’ado et encore moins sénior ?Femme Majuscule” c’est très bien.

    Bonne journée à toutes les FM

  2. Isa 2 années Il y a

    J’ai beaucoup aimé cet article. Je ne suis pas vraiment d’accord avec un qualificatif pour définir les 50 ans et plus, chaque personne ressent son âge différemment. A 56 ans je ne me sens absolument pas vieille, senior, ni quinqu’ado (drôle de qualificatif), femme oui et mère et grand-mère, dynamique et avec encore beaucoup de projets différents et d’envies diverses et variées… Pourquoi vouloir à tout prix faire rentrer les personnes dans des cases ?
    L’important est de se sentir en accord avec soi-même, soyons comme nos avons envie de l’être. Gardons le style que nous avons toujours eu, pour les vêtements seules certaines matières sont à changer. Il faut éviter le “trop”, trop court, trop décolleté, trop moulant, trop maquillée, etc… Pour rester féminine, classe et ne pas verser dans l’excès qui devient vite vulgaire à ce moment là.
    Apprenons aussi à partager nos expériences sans être donneuses de leçon et surtout gardons le sourire, “Je connais un moyen de ne pas vieillir : c’est d’accueillir les années comme elles viennent et avec le sourire… un sourire, c’est toujours jeune.” a dit Pierre Dac

    Bonne journée à toutes

  3. Photo du profil de tonnelle
    tonnelle 2 années Il y a

    tout comme Solange je ne me sens ni quinqua ‘ados ni senior mais bien plantée dans mon temps dans mon envie de continuer à parler et à montrer que j’existe en tant que femme. je n’aime pas le jeunisme à tout prix et je pense que certaines femmes se sentent paniquées de se voir vieillir. Il faut dire que le regard de certains hommes ou de la société n’est pas facile souvent critique ou “evincive “. Il faut je pense un certain tempérament pour se faire “voir” j’ai de la chance je l’ai et je le fais en douceur mais il faut bien reconnaitre que ce n’est pas si facile. Nous sommes minimisées par rapport aux hommes si je me fais bien comprendre et pourtant j’aime nos hommes mais c’est plus fort que tout; ils ont tendance à dominer partout mais disent d’une voix toute douce “-on non je ne le crois pas , vous vous faites des idées ” grrrrrrrr

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