Hommage à Françoise Héritier

© Robert Kluba

HOMMAGE

À Françoise Héritier

Françoise Héritier était anthropologue, ethnologue et féministe. Elle est morte le jour de son anniversaire, à l’âge de 84 ans le 15 novembre 2017.

Cette grande intellectuelle fut l’élève de Claude Lévi-Strauss dans les années 1950.

Elle avait déclaré à Télérama en 2009 ” L’ouverture d’esprit que m’a apportée Lévi-Strauss s’est accompagnée d’une véritable émancipation. Il a fallu que je sorte de ce milieu familial provincial et cela s’est accompagné de toute une série de nouveautés : la découverte du jazz, des films noirs américains, la lecture de Sartre et de Beauvoir… Toutes ces expériences nouvelles, survenues en même temps, ont été pour moi la véritable émancipation intellectuelle.”

Passionnée par ses études elle est très vite confrontée au sexisme et à la discrimination de genre et orientera son travail de recherche sur les chemins de l’organisation universelle de l’esprit humain ouverts par Lévi-Strauss. Elle se concentrera sur l’articulation masculin/féminin et sa principale trouvaille fera de la « valence différentielle des sexes » un second universel culturel (au même titre que la prohibition de l’inceste repérée par Lévi-Strauss).

« Valence différentielle des sexes » ?

Plus simplement c’est la place différente des deux sexes sur une table des valeurs. En l’occurence la dominance du principe masculin sur le principe féminin. Ainsi elle a traqué les fondements de la domination masculine et a mené toute sa vie des combats certes féministes, mais aussi contre d’autres formes de discriminations, du soutien aux sans-papiers au combat pour la parité et contre l’ostracisme qui frappe les séropositifs dans les prisons jusqu’à obtenir le rattachement de la médecine pénitentiaire au ministère de la santé.

Elle est intervenue dans le débat public jusqu’à la fin

Le 8 novembre le jury du prix Femina lui avait remis un prix spécial pour l’ensemble de son oeuvre. Elle venait de publier “Au gré des jours” où elle se confiait et faisait partager, selon son éditeur, “son amour des mots et son goût de vivre”. Aux lendemains de l’affaire Harvey Weinstein, elle trouvait “formidable” que les femmes du monde entier prennent enfin la parole : “Que la honte change de camp est essentiel. Et que les femmes, au lieu de se terrer en victimes solitaires et désemparées, utilisent le #metoo d’Internet pour se signaler et prendre la parole me semble prometteur. C’est ce qui nous a manqué depuis des millénaires : comprendre que nous n’étions pas toutes seules ! Les conséquences de ce mouvement peuvent être énormes. »

Alors rendons lui hommage en menant les combats qui continueront de braver l’ordre établi, de porter la parole des femmes et de nous mettre sur le devant de la scène et au coeur de la société.

Françoise Héritier avait participé à un débat dans les locaux de Femme Majuscule sur la science et l’éthique. Pour le relire, cliquez ici.

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