Des robots et des femmes

Photomontage Laurent Blachier pour Femme Majuscule

S’INTERROGER

Des robots et des femmes

S’interroger sur sur la représentation et le rôle des femmes dans la robotique et l’intelligence artificielle, c’est ce que fait Laurence Devillers.

Professeure à l’université Paris-Sorbonne et chercheuse au Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur (Limsi) du CNRS, Laurence Devillers anime l’équipe de recherche Dimensions affectives et sociales dans les interactions parlées. Ses domaines de recherche portent principalement sur l’interaction homme-machine, la détection des émotions, le dialogue oral et la robotique affective et interactive. Elle anime également le pôle sur la co-évolution humain-machine dans le cadre de l’Institut de la société numérique. Membre de la CERNA, la commission de réflexion sur l’Ethique de la recherche en sciences et technologies du Numérique d’Allistène, elle a participé au rapport sur l’Ethique du chercheur en robotique. Autant dire qu’elle sait de quoi elle parle et nous, cela nous pousse nous interroger aussi !

À l’heure où les robots féminins ont le plus souvent des rôles subordonnés : de la secrétaire accueillante à la petite amie distrayante en passant par la poupée sexuelle soumise, il est urgent d’affronter ce problème de représentation nous dit-elle. Le rapport entre la robotique et les femmes, et plus largement l’intelligence artificielle (IA) et les femmes, soulève des questions fondamentales sur la façon dont la société se construit elle-même.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Les chercheurs cherchent à modéliser les comportements humains afin de pouvoir les prédire. Ils cherchent donc à créer un système artificiel qui sera capable de reproduire les propriétés attribuées à l’objet d’étude original, ici les comportements humains. Inévitablement ces modèles présentent des biais, liés au choix des données par l’ingénieur. Si les robots apprennent tout seuls à partir des données qu’ils collectent sans surveillance, ils présenteront des biais qui refléteront ceux de notre société. (Le terme biais fait référence à une déviation systématique par rapport à la réalité). L’IA apprendra nos préjugés.

La problématique de la sous représentation des femmes

La visibilité des femmes est un parfait exemple de biais. Elles sont moins présentes dans les milieux du cinéma, des médias, des conférences et sont moins nombreuses parmi les cadres dirigeants qui s’expriment, cela n’est pas nouveau. Le manque de femmes dans les métiers de l’informatique et de la robotique est également un sujet sensible et la majorité des professionnels au sein des géants high-tech américains sont blancs… et masculins. Et comme le dit Ileana Stigliani, professeure de l’Imperial College Business School dont les recherches se focalisent sur les aspects cognitifs de l’innovation, un manque manifeste de diversité dans l’industrie de l’IA et de l’informatique renforce les stéréotypes de genre. Si les personnes qui enseignent aux ordinateurs à agir comme des êtres humains ne sont que des hommes, il est fort probable que les robots et les « machines sexuelles » refléteront leur vision du monde…

Et Laurence Devillers enfonce le cou en posant simplement les bonnes questions :

Sachant que les robots (sexuels ou pas) vont devenir de plus en plus performants, aura-t-on toujours des relations avec des humains ?
Coucher avec un robot sera-t-il tromper ?
Tomber amoureux de ces machines qui n’ont aucun désir propre ni sentiment risque d’être d’une pauvreté émotionnelle forte, comment ces rapports vont-ils nous transformer ?
Comment les programmer avec des valeurs morales, des règles de vie en société et contrôler leur apprentissage ?

Il est urgent d’aborder ces problèmes de société, et de montrer les risques de dérive mais aussi le formidable potentiel de l’IA et de la robotique si on s’en sert à bon escient, en respectant des règles éthiques !

Le magazine Femme Majuscule, conscient de cette problématique vous a proposé deux débats sur le sujet :

🔒 Faut-il avoir peur des robots ?

Science & Éthique : jusqu’où peut-on aller ?

Le livre de Laurence Devillers : Des robots et des hommes, chez Plon

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